Décodez les contrepèteries

Pour apprécier une contrepèterie, il faut être trois : celui qui la prononce, celui qui la comprend, et celui qui ne la comprend pas. Si vous êtes cette dernière personne, cet article est fait pour vous. Nous allons voir ici comment identifier les contrepèteries, pour mieux les délier afin d’en découvrir le sens caché. Cet exercice peut paraître complexe au premier abord… Mais avec un peu de méthode, c’est finalement assez simple !

Les classiques

Avant tout, il est nécessaire de connaître ses classiques. Les premières contrepèteries sont une entrée en matière, un rite de passage, voire un signe de ralliement entre musiciens de la contrepèterie… Sachez reconnaître les antistrophes suivantes :

  • Le choix dans la date
  • Folle de la messe
  • Salut Fred

Il y en a bien d’autres, que vous apprendrez au fur et à mesure !

Lapsus ou formulation alambiquée

Avant de déconstruire la contrepèterie, il est nécessaire de la capter au vol ! Pour cela, il est important de rester en éveil pour saisir toute formulation alambiquée ou propice au bon mot. Une expression désuète ? Un mot trop improbable ? Un son quasi-grivois ? Vous la tenez, ne la lâchez plus !

Le mot en -ouille

Si vous cherchez à décoder une contrepèterie qui vous est inconnue, le premier réflexe est de chercher le mot contrepétulant. C’est-à-dire le mot à consonance grivoise, ce mot à la limite du lapsus, un peu acrobatique à l’oral.
Par exemple, les mots suivants doivent attirer votre attention :

  • Mouille, fouille, rouille…
  • Mite, rite, shit …
  • Encoller, acculer …

Ce mot est la clé de l’énigme car en effet, la contrepèterie est un art de la substitution. S’il manque un son pour engrivoiser une expression, c’est que ce son est ailleurs.

Les sons à décaler

Prenons un exemple simple.

En voici, de curieuses fouilles !

Première étape : identifier le mot suspect. Ici, vous identifiez « fouille ». Vous avez donc un « F » en trop, que vous souhaitez remplacer par le son « K ». Cela sera beaucoup plus drôle !

A ce moment, vous n’avez pas encore la solution, mais vous avez tous les éléments à votre disposition car vous savez qu’il suffit d’inverser les sons « F » et « K ».

Le mot pivot

Vous avez le « F », il reste à trouver le « K ».
Comme les contrepèteries les plus élégantes sont aussi les plus simples, commencez à chercher dans les mots à proximité. Dans notre exemple, c’est « curieuses » qui sert de pivot :

En voici, de curieuses fouilles !

Il vous reste à inverser les sons « K » et « F »!

En voici, de curieuses fouilles !

La pratique

Il vous reste à pratiquer sur des contrepèteries faciles. Sachez que les contrepèteries peuvent être plus complexes, notamment avec des inversions de sons syllabiques, comme dans :

Les canicules s’emballent

Il existe aussi des décalages simples de sons, sans inversion, comme dans :

Le foot , c’est troublant

Et enfin, des inversions multiples, qui vont jusqu’à changer l’ordre de tous les sons :

L’aspirant habite Javel

Ces dernières contrepèteries sont moins accessibles, et sont des puzzles mêmes pour les initiés.

Erreur commune

N’oubliez pas que vous recherchez un son. Ce n’est pas un exercice orthographique ! Si quelques fois, il suffit d’inverser des lettres, très rares sont les contrepèteries où l’orthographe est respectée.

Voici un parfait contre-exemple :

Quelle drôle de bille tu faisais

Cette contrepèterie repose sur une inversion de lettre. Si on inverse les sons, cela donne « Quelle drôle de fille tu buzzais », ce qui fonctionne aussi … sauf que la phrase devient moins grivoise, et un tantinet anachronique, puisqu’elle a été publiée par Perceau en 1934.

Donc si besoin, n’hésitez pas à rechercher les sons à voix haute !

Enfin, une autre erreur classique consiste à écrire « contrepétrie », en oubliant un « E » dans le mot. Attention, il s’agit d’une coquille ! C’est comme oublier le « Q » dans ce dernier mot.